Portraits de femmes

Publié le par ML2C

mardi 12 février CDI du lycée François Villon


Le café débute par  une lecture d'extraits du discours de Doriss Lessing lors de la remise de son prix Nobel, le 7 décembre 2007.

Les buveuses de café  ne connaissaient pas l'auteur britannique, l'occasion d'une découverte et de redire combien la littérature est un engagement.

Doriss Lessing raconte et confronte nos cultures, celle des pays africains dont elle note le dénuement et la soif de lecture et celle de nos pays occidentaux dont l'appauvrissement vient d'un surcroit d'informations.


extraits :
"Nous sommes dans une "culture à fragmentation", où nos certitudes datant d'il y a seulement quelques décennies sont remises en question, et où il est fréquent que les jeunes hommes et les jeunes femmes qui ont bénéficié d'années d'études ne sachant rien du monde, n'aient rien lu, ne connaissent qu'une spécialité ou une autre, les ordinateurs par exemple.

Ce qui nous est arrivé, c'est une invention incroyable : les ordinateurs, Internet et la télévision. Une révolution. Ce n'est certes pas  la première révolution que nous, l'espèce humaine, affrontons. La révolution de l'imprimerie, qui n'a  pas été seulement l'affaire de quelques décennies mais s'est étalée sur beaucoup plus de temps, a changé notre vision du monde, et nos modes de pensée. Téméraires, nous l'avons acceptée sans réserve, comme toujours, sans jamais nous demander : "Que va-t-il maintenant advenir de nous avec cette invention de l'imprimerie ?" De la même façon nous n'avons jamais pris une seule fois le temps de nous demander : Comment allons-nous, comment nos esprits vont-ils évoluer avec la nouveauté d'Internet qui a séduit toute une génération pour la convertir à ses inepties, au point que même des êtres tout ce qu'il y a de plus raisonnable avoueront que, une fois accrochés, il leur est difficile de se déconnecter, et qu'ils peuvent se laisser entraîner à passer une journée entière à bloguer, à bluguer, etc.

Encore très récemment, tous ceux qui étaient un tantinet cultivés respectaient le savoir, l'éducation, et traitaient donc aussi aussi avec respect notre grand fonds de littérature. Certes , nous savons tous que, pendant cet état de grâce, les gens faisaient souvent semblant de lire, feignaient de respecter le savoir, mais c'est un fait établi que les travailleurs et les travailleuses aspiraient à lire. Les bibliothèques, les instituts et les facultés des XVIIIème et XIXème siècles sont là pour nous en apporter la preuve."

L'écrivain, de la lecture, glisse à l'écriture et souligne la notion d'espace :


" ... J'ai  grandi, pratiquement, dans une cabane de torchis, avec un toit de chaume. Ce type d'habitation existe depuis toujours, partout où il y a des roseaux ou de l'herbe, une terre argileuse, des piquets pouvant servir de murs. En Angleterre saxonne, par exemple. Celle dans laquelle j'ai grandi comportait quatre pièces, les unes à côté des autres, pas une mais quatre, et le fait est qu'elle était pleine de livres. Non seulement mes parents avaient emporté des livres avec eux d'Angleterre en Afrique, mais ma mère en commandait en Angleterre pour ses enfants, des livres dans de gros colis recouverts de papier marron qui ont fait la joie de ma jeunesse. Une cabane de torchis, oui, mais bourrée de livres.

Parfois je reçois des lettres de gens habitant dans un village qui n'a peut-être pas encore l'électricité ou l'eau courante (à l'exemple de notre famille dans notre cabane de torchis toute en longueur) : "je serai écrivain moi aussi, parce que j'ai le même genre de maison que tu as eue."

Mais la difficulté est là. Non ce n'est pas vrai.

L'écriture, les écrivains ne sortent pas de maisons vides de livres.

Voilà la différence, voilà toute la difficulté."




Vous pouvez lire l'intégralité du texte de Doriss Lessin à cette adresse :

http://www.livreshebdo.com/cache/upload/pdf/lessing-lecture_fr.pdf







Sur ces portraits de femmes qui parcourent la littérature voilà ce qui a été débattu ce mardi 12 février :

Sarah et Emma présente 2 portraits de femmes sous 2 plumes différentes :
"Phèdre" de racine
"Mme Bovary" de Flaubert
Pour elles la première est un symbole de la femme qui prend son destin en main, alors que la seconde le subit avec mollesse.
C'est sur cette dernière que les débats sont les plus vifs. On dit que décider de sa mort n'est pas un geste faible.  Est-il le même, a-t-il la même puissance chez Phèdre et mme Bovary ?

On juge Emma Bovary hypocrite, passive, peu préparée à la vie telle qu'elle est.

Phèdre est comparée à Antigone dont nous reparlerons autour d'un café le 10 mars.

Autour de la table, seulement des filles et certaines jugent que les hommes sont, dans la littérature, des sujets moins intéressants que les femmes. Cécile prétend que dans "une vie" de Maupassant, l'homme est "complètement à la masse".

Alors dans les portraits de caractère on évoque mme de merteuil et la trop délicate mme de Tourvel. La première est trouvée attachante. "Sa perfidie a du charme".

Le temps est trop court pour évoquer toutes ces héroïnes...
On s'arête encore un instant sur Mrs Dalloway mais il faudrait bien plus qu'une heure pour évoquer l'héroïne de Virginia Woolf...

Rendez-vous le 19 février pour poursuivre la discussion et ici même...




Publié dans Comptoir

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C
Je suis d'accord avec Sarah, toute la société tombe dans la facilité, mais sans s'en apercevoir. Alors qu'un livre est un trésor précieux, on le néglige trop.
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S
je pense que plus nous avançons dans l'histoire de l'humanité et plus notre société s'appauvrie. en effet comme l'explique Doris Lessing ,la génération actuelle à soif de divertissement , elle va donc se diriger vers la facilité. L'ordinateur en est un exemple.Seulement à mon avis la facilité n'est pas le bon moyen de se hisser vers un intelect lumineux comme le soleil.
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