Le Goncourt des lycéens au lendemain des résultats

Publié le par ML2C

Cyril est un « buveurs de café ». Elève à Villon, il est depuis septembre en fac d’anglais à Cergy. Présent lundi lors de l’annonce des résultats ,dans le CDI de François Villon, il est toujours un grand amateur de cafés et… de livres.

 

Sarah, élève en 1ère L et « buveuse de café » depuis un an, a été déléguée par la classe pour la délibération régionale le 9 novembre dernier. A la suite de ces échanges, elle est devenue l’une des délégués  Île de France pour partir défendre les choix de la région à Rennes.

 

Au lendemain de ces expériences, ils se livrent au jeu du dialogue avec la complicité d’une Passeuse de Café.

 

C : Qu’est que cette aventure t'a apporté humainement ?

S : Elle a été enrichissante.

PC : Par la rencontre avec les livres ou par la rencontre avec les autres lycéens ?


S : l’échange avec ceux qui ont fait le même parcours que nous. Leurs avis n’étaient pas différents des nôtres. Les livres nous ont rapproché.

C : Tu représentais la classe. Les livres n’étaient pas forcément les mêmes que ce qui ont été élus. Est-ce que tu es déçue que certains ne soient pas en délibération nationale ?
 

S : Je regrette que « la passion selon Juette » que j’ai défendu à Rennes n’ai pas fait l’objet d’un débat plus important. Par rapport à « A l’abri de rien », je trouve que les sentiments des personnages étaient plus intéressants chez Clara Dupont Monod.

C : Certains romans ont été plébiscité par une large majorité de délégations Est-ce que les débats ont été riches ?


S : Tous les arguments étaient fondés. A Rennes on a posé le débat : est ce que l’écriture, le style est un argument pour choisir un livre ?

C : forcément !


S : Certains pensaient vu que les livres ont été édités, c’est qu’ils sont suffisamment bien écrits et que nous, nous n’avions pas à porter un jugement là-dessus.

C : Le style rentre en compte. Il ne peut pas en être autrement.


S : Je suis d’accord

C : Mais il y a pleins d’arguments dans le choix d’un livre.


S : Les autres arguments  c’étaient  surtout l’histoire et la profondeur des thèmes abordés.

PC : les 3 romans désignés ont trois thèmes très différents. Qu’est ce qui fait que cela ont été choisi ?


S : C’était unanime. Le Philippe Claudel est universel. Il est hors du temps. On ne sait pas où il se passe ni quand il se déroule. « La chaussure sur le toit », est un exercice de style. On a pensé à Queneau. Il est très drôle, très léger. C’est le seul livre qui a fait rire, par rapport aux autres dont les sujets sont plus durs, douloureux. Il y a une morale : la solidarité. « A l’abri de rien », le thème était très intéressant. Il véhicule différents messages : la révolte contre la routine, l’envie de se battre. Le fait que Marie est mal dans sa peau favorise ce sentiment. Mais le discours sonne faux parce que nous n’avons que le point de vue de Marie alors que chez Juette il y a deux voix. Ce qui nous a un peu agacé ce sont les stéréotypes, l’affrontement gentils et méchants.

PC : Est-ce que tu avais déjà lu des bouquins d’Olivier Adam ?

S : Non. Il a déçu parce qu’il écrivait comme il parlait et qu’un point de vue littéraire il n’est pas enrichissant.

PC : Il a beaucoup écrit pour la jeunesse. A Villon on a noté que les élèves ont été déçus par certains auteurs lors de la rencontre le 15 octobre à Paris. Cela a influencé la vision des livres et le choix. Est-ce que les autres membres de jurys avait rencontré des auteurs ?


S : Oui. Olivier Adam est venu rencontré des élèves de Paris dans leur classe. Ils ont beaucoup apprécié. Une autre classe l’a rencontré à Limoges. Leur avis est différent, très différent.

PC : Comment tu t’es préparé pour vendredi ?


S : J’avais fait des fiches pendant les vacances et j’ai complété avec celles des élèves de la classe rédigées pendant les délibérations sur Villon.

PC : Est-ce que tu n’as parlé que des 3 livres choisis par la classe ou de tous les autres ?


S : Nous avons procédé par ordre alphabétique. J’ai défendu nos choix et j’ai argumenté sur les autres. Ce qui était difficile c’est que mes choix n’étaient pas forcément les mêmes que ceux des élèves de la classe, mais je représentais d’abord la classe et le tiercé de cette classe.

PC : Ensuite tu as du défendre d’autres choix, ceux la délibération régionale. Cela a-t-il été difficile, certains n’étant pas dans la sélection de Villon ?


S : Ces choix étaient plus proches de moi. Alabam song n’a été défendu que par la classe de 1ère L de Villon. C’était très difficile pour moi de le défendre face aux huit autres lycéens. Je l’ai fait mais il a été éliminé. Je regrette que » la passion selon Juette » soit éliminé en fin de parcours.


PC : Pour la délibération à Rennes, comment s’est fait le choix ? Parce que vous ne vous connaissiez pas.

S : On choisissait deux noms, c’était par bulletin secret. Il n’a fallu qu’un seul tour. Il n’y a pas eu de discussion et pas de déception. Certains ne voulait pas aller à Rennes. Certains n’ont d’ailleurs pas beaucoup parlé pendant la délibération  à Paris.

C : Rennes, s’est passé comment ?
 
S : On est arrivé la veille. J’avais une impression curieuse. Je trouvais les délégués un peu arrogants. Pendant  le repas du soir on a appris à se découvrir. On a pu juger de la mauvaise image des parisien. Ils étaient étonnés que nous soyons sympathiques…
Le lendemain on était pressé. Quand on est arrivé et pendant le débat c’était tendu. On s’écoutait difficilement.  Il y avait de fortes personnalités qui parlaient beaucoup trop. On a décidé de désigner une personne qui distribuerait le temps de parole. On a choisi la québécoise. Après c’était plus calme. Cela a duré trois heures.
Philippe Grimbert nous a rejoint. Très sympa. Il se sent proche de ce prix. Il l’a eu en 2004. Il nous a écouté. Avec Edmonde Charles Roux plus le professeur de français de Rennes qui a créé le prix.
Tout le monde voulait annoncer le prix.  On a voté. C’était fait dans le respect.
Morgane a annoncé le résultat.
Les journalistes étaient un peu agressifs, ils criaient, ils voulaient tous que morgane les regarde. Nous savions que c’était en direct.
On a appellé Claudel, mais nous n'avons eut que son répondeur. L’éditeur de chez Stock était très ému.
On a répondu à des questions d’autres journalistes, j’ai répondu à NRJ.
Nous sommes allé sur la place du Parlement pour l’inauguration d’une œuvre d’art faite pour le 20ème anniversaire du prix, puis nous avons été reçu à la mairie.
 
PC : Dès l’après midi tu savais que tu allé rencontrer Claudel le lendemain.Tu nous racontes?

S : La rencontre avec Claudel à 12h30 à Paris. J’étais énervée parce que la journaliste prenait plus de place que lui. Elle se mettait en avant et avait tendance à nous mépriser un peu. Claudel est très bavard, très proche, très accessible.Madame Benard a fait signé son livre. On a essayé d’avoir des autographes.
 
PC : Globalement qu’est ce que tu en retires de cette aventure ?
 
S : C’était une vrai Rencontre. S’il n’y avait pas eu le prix Goncourt, la classe serait moins soudée. C’est une expérience qui restera gravée dans notre mémoire jusqu’à la mort

C : c’est important de le savoir si on attrape Alzheimer qui est un des thèmes du Goncourt….

PC : Est-ce que vous avez envie de continuer à échanger autour des livres ?

S : Pour moi OUI !! La littérature est un point fort. On développe notre esprit critique. Je donne rendez-vous le 8 décembre à la médiathèque des Mureaux
 

PC : Et toi Cyril tu portes quel regard sur cette aventure ?

C : C’est génial. Je pense que cela leur aura apporté énormément.
Je regrette que nous n’ayons pas pu le faire quand nous étions au lycée.
Je pense qu’il y a un impact pour la Fnac. Le prix en lui-même… Je ne sais pas.
On ne se fie pas forcément aux prix pour choisir de lire un livre.


PC : Sur le fait que ce prix est décerné par des élèves ?

C :
Je me dis parfois que c’est un peu démago mais l’aventure humaine justifie pleinement tout le battage médiatique qui est fait autour.

PC : Qu’est-ce que tu penses du choix de cette année ? Il est pertinent ?
 
C : Je ne l’ai pas encore lu. On se dit qu’il n’est pas le livre vers lequel les jeunes vont spontanément mais on peut leur faire confiance. S’ils lui ont donné le prix c’est qu’il est bien.Le prix permet aux élèves de découvrir des livres qu’ils n’auraient jamais lus.

PC : Est-ce que tu penses qu’il y a une littérature pour adultes et une littérature pour adolescents ?


C : Je ne sais pas si c’est pertinent de les classer ainsi. Est-ce que ça ne bouffe pas la créativité ? C’est aux lecteurs de savoir ce qui est pour eux.


PC : il faut bien à un moment donné que le lecteur trouve des conseils.

C : On voit où vous voulez en venir… Idéalement le bouche à oreille devrait toujours fonctionner mais on est en vase clos, parce qu’on fréquente toujours les mêmes personnes, les mêmes groupes d’amis… Avec ce prix on s’ouvre à d’autres lectures.


PC : Est-ce qu’il a d’autres manières que les prix pour trouver des conseils ?


C : C’est un tout. Les prix sont intéressants surtout pour ceux qui sont remis par des non professionnels.


PC : Est que tu liras plutôt « Le rapport de Brodeck » ou « Alabama song » qui a obtenu le Goncourt de l’académie ?


C : « Le rapport »  mais c’était avant les prix.

PC : Tu étais avec nous quand on a annoncé le résultat à la classe de 1ère L., c'était sympa, non ?
 
C : Un  premier groupe était là dès 11h30. Ils étaient angoissés et impatients. Dans l’ensemble Ils avaient l’air satisfaits. Finalement ils n’étaient pas si déçus que « La passion selon Juette » ne soit pas dans le trio et que « La chaussure sur le toit « ne soit pas 1er… J’en ai trop dit là ? Ils ne voulaient pas revenir en cours ou alors ils se demandaient : "Bon... C'est fini... On fait quoi maintenant ?"
 
PC : On te retrouve le 8 décembre, d’ici là essaye de rattraper le retard sur les lectures des 1ère L.


Merci à tous les deux.
 

 

 

 

 

Publié dans Spécial

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